Lycamobile a-t-il organisé sciemment un système de blanchiment d’argent en France ? C’est la question à laquelle doit répondre le Parquet National Financier (PNF). L’opérateur mobile est mis en cause à travers ses deux sociétés françaises pour une fraude à la TVA assortie à un système de blanchiment de 2014 à 2016. Le PNF requiert donc une amende de 5 millions d’euros pour chaque société, ainsi que de lourdes peines à l’encontre de ses dirigeants d’alors.
Un blanchiment de 17 millions d’euros et des sociétés fictives
Tout part d’un signalement auprès de Tracfin, le service de renseignements spécialisés dans la traque du blanchiment d’argent, en 2016. La justice s’empare du dossier et enquête sur un potentiel système de fraude à la TVA et de blanchiment, qui serait mis au point par l’opérateur téléphonique Lycamobile. Ses deux sociétés françaises, Lycamobile France et Lycamobile Services, sont mises en cause.
Les sociétés Lycamobile ont-elles sciemment favorisé ce système de blanchiment d’argent avec le BTP, ou n’en avaient-elles aucune connaissance ?
Résultat des investigations : les produits Lycamobile ont bien servi de base à une organisation de blanchiment. Pour ce faire, des entreprises du BTP passaient des commandes fictives de cartes SIM prépayées à des intermédiaires, dites « société filtres ».
En réalité, ces sociétés ne livraient pas les SIM à leurs clients puisque ces dernières étaient vendues en boutique, surtout dans le quartier de La Chappelle à Paris ; par des commerciaux Lycamobile, en argent liquide. Ensuite, les entreprises de BTP recevaient leur part du butin. Cet argent servait ensuite à payer illégalement leurs employés et les dirigeants eux-mêmes. Au total, plus de 17 millions d’euros auraient été blanchis.
L’entreprise et les ex-dirigeants clament leur innocence, jusqu’à 3 ans et 600 000€ requis
Reste à savoir si les dirigeants de Lycamobile étaient directement impliqués dans ce système. Pour la Défense, tout s’est passé à l’insu de l’entreprise. En parallèle, certains accusés comparaissent quand même pour des soupçons de fraude à la TVA. Les cartes SIM prépayées de Lycamobile étaient vendues hors taxes, et échappaient à la TVA via les transactions en liquide.
Le chef d’accusation « escroquerie à la TVA en bande organisée » est retenu contre plusieurs dirigeants. Au premier rang desquels on trouve l’ex-PDG anglais Christopher Tooley, contre lequel le procureur requiert deux ans de prison, dont un ferme, ainsi que 600 000€ d’amende. Pour le directeur général de Lycamobile Service, la réquisition est de trois ans d’emprisonnement, dont deux fermes, et une amende du même montant. Ils auraient également interdiction de gérer une entreprise pour cinq ans.
Neuf autres personnes sont également soupçonnées d’être impliquées, avec d’autres peines de prison et amendes requises. Enfin, l’État se constitue partie civile, et réclame 7,9 millions d’euros de dommages et intérêts. Le verdict est attendu d’ici le 5 juillet.
En résumé, l’affaire Lycamobile c’est :
- un système de blanchiment d’argent via des sociétés filtres ;
- jusqu’à 17 millions d’euros passés sous les radars des institutions ;
- les sociétés Lycamobile sont aussi soupçonnés d’escroquerie à la TVA en bande organisée ;
- les ex-dirigeants encourent jusqu’à trois ans de prison.
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